LE CHEMIN DE COMPOSTELE DES PILOTES

Voler jusqu’au Sénégal depuis la France, n’est pas une mince affaire et demande une certaine préparation.
Entre les demandes administratives de survols et d’atterrissage, les réservations d’hôtels, et le fly-book, il y a de quoi s’occuper, sans oublier la météo qui semble bien capricieuse cette année.
Le rendez-vous est donné le 30 septembre en Espagne pour le rassemblement des équipages participants. Avec la dépression qui s’amène de l’Atlantique, les deux équipages vendéens anticipent le départ le mercredi à l’aube direction Perpignan, la façade ouest étant complétement bloquée.
Nous faisons escale à Torreilles chez l’ami Michel Lopez où nous retrouvons d’autres équipages venus de l’ouest, retrouvailles d’amis et rencontres de nouveaux (le plaisir de faire des rencontres). Après avoir ravitaillé les appareils et une bonne nuit de repos, nous profitons d’une météo favorable pour filer à ‘’Castellón-de-la-plana’’, lieu que j’affectionne particulièrement, avec sa piste en bord de mer, ses hôtels et la bonne cuisine.
 
Le lendemain, nous rejoignons Ocana, lieu de rassemblement et de départ pour cette édition du ‘’Raid Gaulois DAKAR 2024 ‘’.
 
8 équipages présent soit 16 personnes dont 5 femmes, pilote ou co-pilote, bien impliquées dans la gestion des vols, des briefings, de la navigation (préparation de la route à suivre, des zones à traverser ou à contourner, des fréquences radio, de la météo, les plafonds et les tours de pistes), elles sont efficaces, bien présentes et pas simplement accompagnatrices.
 
Cette mixité est vraiment plaisante, ce n’est pas rare sur le Raid Gaulois, avec parfois des équipages 100% féminin, dont la voix passe bien à la radio.
 
 
JOUR 1 :
La météo est parfaite, ciel bleu, pas de vent, un vol tranquille à la fraîche pour finir chez l’ami Thomas où nous attendent les Taxis pour Jerez, faire viser nos passeports pour le Maroc.
Depuis plusieurs années, le procédé est bien rodé et malheureusement incontournable. Sur le retour, nous faisons une halte pour remplir nos jerricans afin de compléter les réservoirs en vue de la traversée vers Tanger.
 
Décollage, activations des plans des vols, contact radio avec Séville, nous poursuivons vers Trafalgar, d’où nous débutons le survol maritime vers le point de FIR pour basculer sur la fréquence de Tanger, ce qui nous fais switcher de l’Anglais au Français. Une fois posé, direction le parking aviation légère et comme d’habitude, à peine l’hélice calé, toujours sanglé dans le cockpit :’’Bonjour monsieur passeport s’il vous plait’’ c’est amusant.
Les formalités effectuées, les pleins faits et les plans de vols déposés pour le lendemain, nous franchissons les contrôles pour filer vers notre hôtel.
Le soir nous nous retrouvons autour d’un délicieux buffet de spécialités Marocaines, cuisine que j’affectionne, c’est coloré, odorant, dépaysant, les liens se tissent ainsi que les amitiés, le Raid est bien commencé. Pendant le repas, nous parlons de la journée, et de l’étape de demain, surtout de la météo, qui s’annonce venteuse, fin du dîner et briefing effectué, nous nous donnons rendez-vous pour le petit-déjeuner.
 
JOUR 2 :
Comme annoncé la veille, les fortes rafales de vent nous dissuadent de poursuivre, aussi certains partent visiter Tanger, pour ma part, je reste à notre nouvel hôtel pour organiser les modifications du planning (changement et annulation concernant la nuit à Casablanca). Après la réorganisation, je trouve un taxi pour retrouver le groupe et un excellent restaurant situé dans la médina et les ruelles de Tanger, pour passer une bien agréable soirée. Un point de vue superbe situé sur la corniche offre un spectacle toujours fascinant, en face nous voyons l’Espagne, 13 kilomètres séparant 2 continents.
 
JOUR 3 :
Le vent baisse suffisamment pour nous permettre de décoller vers Casablanca pour d’effectuer une escale de ravitaillement et poursuivre sur Essaouira. Ce qui nous permet de retrouver le planning des réservations.
A l’atterrissage, nous croisons le rallye ‘’ Toulouse – Saint-Louis’’ qui effectue sa remontée, je retrouve ‘’Cédric Lemaitre’’ le patron de Boutique Aéro, également partenaire du Raid Gaulois, on se salut échangeons nos infos.
Après le rituel (ravitaillements, FPL pour le lendemain) nous filons à notre hôtel habituel situé en port et médina. L’après-midi, balades, visites et emplettes. Le port est riche en couleurs et senteurs, des vendeurs de poissons en tous genre sont disséminés le long des quais ; la rue principale aux échoppes bigarrées et variées dégage des odeurs d’épices, c’est toujours un plaisir de venir ici.
 
Jour 4 :
Nous partons pour Tarfaya (Cap-Juby) lieu mythique de l’Aéropostale avec son musée dédié à cette épopée. Décollage, les patrouilles se forment, le ciel est clair jusqu’au Cap-Kopir, qui nous ouvre la baie d’Agadir, qui elle est tapissée d’une brume épaisse, la côte reste visible, mais c’est un peu tendu ; après Rilat, le point de sortie, nous suivons la côte, pour finir par survoler notre destination, la piste et le campement qui nous attendent.
Une fois posé, les machines sécurisées et ravitaillées, une mauvaise surprise pour ma part, fuite de liquide au niveau du radiateur, démontage, les collègues filent pour la deuxième tournée de carburant avec mon radiateur pour effectuer la réparation, pendant que j’élimine la cause du problème, (friction avec le capot) ; une fois la réparation réalisée de mains de maitre, radiateur remonté, les fluides à niveaux, je décolle pour un vol d’essai, R.A.S, c’est bon pour demain. Le campement est super agréable et dépaysant, ceux ayant visités le musée relatent leurs visites et les pages des écrits affichés aux murs, c’est vraiment incroyable de lire ces documents et imaginer les conditions de vols de l’époque. La soirée est magnifique, diner sous les tentes avec le sable recouvert de tapis colorés, les tajines aux effluves odorantes, tout est parfait, nous finissons la nuit sous nos tentes berbères.
 
JOUR 5 :
Nous quittons Cap-Juby, ciel pur, dunes de sables superbes, épaves échouées finissant de se délabrer, le décor est là pour un vol calme, sans histoire, de points de reports en points de reports, le long de cette côte désertique brulée par le soleil, avec parfois des oueds, des villages de pêcheurs, nous sommes en contact avec les canaries, langue Anglaise oblige, jusqu’à l’arrivée sur la péninsule de Dahkla. J’ai un faible pour cette ville et le restaurant ‘’le Dahkla’’ une excellente table où j’emmène le groupe passer une excellente soirée. 
 
JOUR 6 :
Changement de destination, des travaux sur l’aérodrome de Nouadhibou, nous obligeant à faire escale à Nouakchott, que je voulais absolument éviter. Fidèles à eux-mêmes, les désagréments s’enchainent, je m’étais promis de ne jamais y remettre les pieds…
Après 4 heures de formalités et palabres inutiles, nous sortons enfin de l’aéroport pour rejoindre notre hôtel en bus. 
 
JOUR 7 :
Départ pour Saint-Louis, demande de mise en route…et bien sûr, une taxe a été oubliée, malgré mon insistance à tout régler la veille, encore 1h00 de perdue… bref nous finissons par partir, le désert est Mauritanien est particulièrement beau, les dunes, finissent par s’estomper aux profits des Tamaris de plus en plus nombreux, le sable fait place à la verdure, puis c’est enfin les méandres du fleuve Sénégal qui apparaissent. Nous passons sur la fréquence de Saint-Louis, la ville se distingue avec le pont Faidherbe et nous rejoignons la finale. L’accueil est chaleureux, ça change, vraiment agréable, nous faisons les formalités d’entrées dans le pays, avant de re-décoller pour Richard-Toll, une escale superbe, découverte l’année dernière, piste en latérite au milieu d’une plantation de canne à sucre, des pick-up nous attendent pour nous mener à notre hébergement situé au bord du fleuve, c’est magique, nous sommes en Afrique dans un cadre digne d’un film d’aventure, la soirée qui suivra sera tout aussi magnifique.
 
JOUR 8 :
Départ pour la Casamance, nous commençons par longer le fleuve et ses méandres, avec des îlots aux palmiers inclinés sur l’eau, jusqu’à Podor, rien que le nom, vous transporte dans un autre temps, depuis cet ancien comptoir, nous mettons le cap sur notre destination. Nous traversons le pays en diagonale, le survol de la savane, des villages est magnifique, superbe…
Notre arrivée à Sédiou est dans la même veine, digne d’un film, piste en brousse, gendarmerie avec des pick-up équipée de 12,7 mm, nous sommes accueillis par de sympathique colosses en treillis dépassant les 1.90 m qui nous demandes nos passeports avant de nous escorter vers le lodge, situé en hauteur au bord du fleuve.
Nous récupérons nos bungalows avant de nous retrouver dans la piscine, la vue est vraiment magique. Ce bain rafraîchissant précéde un buffet bien apprécié. L’après-midi, nous descendons au bord du fleuve, observer les pirogues, les pêcheurs et les singes qui passent aux dessus de nos têtes. La soirée est encore plus fantastique, la vue, le dîner sous l’Apatam et les flashs orageux qui éclatent de l’autre côté du fleuve vers la Guinée, bref un bon moment de partage avec un groupe magnifique.
 
JOUR 9 :
Délicieux buffet sous la tonnelle, la vue est toujours aussi magnifique, prendre le petit-déjeuner dans ces conditions est un plaisir rare, la tranquillité n’est troublée que par la cavalcade des singes autour de la piscine…
C’est parti pour le terrain, départ pour Saly, la nuit, les magnifiques orages de la soirée ont fondu sur l’hôtel et nous apprécions de retrouver nos machines intactes ‘’toujours bien amarrer les appareils’’. Nous prenons la direction de Zinguichor, puis Cap-Skirring en suivant le fleuve, jusqu’à l’embouchure, avant de mettre le cap sur notre destination, traversée la Gambie en contournant la CTR, survol du Sine-saloum, un vol de rêve !!
L’arrivée sur Saly est simple, Eric le ‘’Boss’’ nous guide à la radio et une fois les appareils alignés au parking, c’est festival, l’accueil organisé par tout le club et les ami(e)s est vraiment fabuleux c’est magique l’amitié….
 
JOUR 10 / 11 :
Nous partons pour Saint-Louis, via le lac Rose, (qui n’a plus rien de Rose). Après le contournement de DIASS, nous rejoignons le côtier, jusqu’à la langue de Barbarie et son hydrobase, lieu mythique des départs transatlantique de l’Aéropostale.
Survol de la ville et intégration pour l’atterrissage, l’accueil est toujours agréable, les formalités simples et efficaces, puis nous partons dans un bus ‘’très Africain’’ rejoindre l’ami Philippe, le patron de l’hôtel Mermoz, situé entre l’océan et l’embouchure du fleuve, un havre de paix, baignade, farniente, lessive et dans l’après-midi, retour pour les pilotes à l’aéroport pour les formalités de départ, ravitaillement, FPL, ce qui nous laissent la belle journée de mardi de repos…
Se réveiller face à la mer, c’est quand même top, pour un délicieux petit-déjeuner entouré de Bougainvilliers colorés. Puis nous partons visiter la ville en calèches, son patrimoine historique, son marché au poissons, coloré, animé odorant…
 
JOUR 12 :
Décollage pour Nouadhibou, étape incontournable au vu de notre autonomie et du vent de face. Après consultation de divers site météo, nous montons au 45, qui est l’altitude la moins pénalisante, posé à Nouadhibou, ravitaillement, FPL, taxes interminables, nous repartons pour Dahkla but du jour. Accueil sympathique, ravitaillement, dépôt des plans de vols pour le lendemain, puis nous retrouvons notre hôtel et restaurant attitrés pour une bonne soirée.
 
JOUR 13 :
Départ pour Tan-Tan toujours le long du côtier, cette côte toute désertique, offre néanmoins beaucoup de spots magnifiques entre falaises, oueds et village de pêcheurs aux barques colorées.
Posé à Tan-Tan, terrain isolé sur un plateau, la ville en contre-bas, une oasis au milieu de nulle part. Après notre rituel concernant les appareils et le départ du lendemain, nous partons pour une destination dans le désert, des contacts m’ont aiguillé vers un Ksar éloigné, à 1h00 en Dromadaires…, nous je rigole, des Land-rover hors d’âge nous y conduisent par des pistes, où après 30mn, nous découvrons nôtre destination située derrière un vieux fort abandonné.
C’est magnifique, digne d’un film, le cadre, le paysage, l’accueil, tout est grandiose !!
Après une douche avec une eau saumâtre, sortant d’un forage, nous profitons du cadre autour d’un thé à la menthe, avant de nous retrouver à table, avec un dîner très local. Soupe de légumes, Tajines de Dromadaires, c’est très odorant, délicieux et festif dans une ambiance magnifique.
Certains finissent les prolongations sous les étoiles, d’autres regagnent leurs chambres pour une nuit pleine de rêves, après une journée aussi sympathique.
 
JOUR 14 :
Réveillé tôt, pour voir le soleil se lever sur le désert, je ne peux m’empêcher de rigoler, plusieurs membres du groupe sont présents pour admirer le décor, sacrée cohésion, petit-déjeuner et retour à l’aérodrome toujours par les pistes. Il a beaucoup plu dans la région, l’Oued Drâa étant en crue, nous devons faire un détour, ce qui n’est pas pour nous déplaire, ça change du vol et ça me rappelle l’Egypte et les franchissements dans le désert avec les bédouins.
Nous retrouvons nos machines et c’est reparti pour Essaouira, à l’arrivée, on nous annonce des orages, accompagnés de fortes rafales de vent, aussi les amarrages sont renforcés, suivi du traditionnel refueling et FPL.
Nous retrouvons notre hôtel, la médina, les remparts, le port et pour certains l’échoppe d’un coiffeur. L’après-midi et la journée du lendemain étant libres, repos…
 
JOUR 15 : 
Journée OFF, repos, lessive, resto, visite du port incroyablement vivant et coloré, nous assistons au déchargement des poissons, déambulons sur les remparts qui ont servis à tant de films, la médina et ses échoppes, nous finissons la journée dans un superbe restaurant en bord de plage, où nous dégustons la délicieuse cuisine Marocaine. Une anecdote en passant, des sachets de dates circulent entre les équipages, nous semons les noyaux en chemin, peut-être des palmiers dattiers verront le jour dans les années futures.
 
JOUR 16 :
Journée chargée, départ pour Casablanca, pour un stop refueling, puis Tanger, étape obligatoire pour les formalités de sortie du Maroc. Après une interminable attente, priorité donnée aux Liners…, Décollage pour le point de FIR, nous switchons avec Séville et l’Anglais aéro, la météo est nickel, dés le décollage, nous voyons la côte Espagnole, posé à villamartin, la traditionnelle Guardia-Civile commandée en même temps que les taxis, sont là, check des documents, des machines, puis nous partons faire viser nos passeports à l’aéroport de Séville !!
Retour à Villamartin, vu l’heure nous restons dormir sur place, la soirée très pluvieuse, nous accueil dans le seul restaurant ouvert un dimanche soir, une sympathique Pizzeria.
 
JOUR 17 :             
Agréable réveil dans le havre de paix de cet aérodrome, qui offre tout le confort nécessaire. Nous nous retrouvons au petit-déjeuner, entre café et toast, c’est le point météo, les dépressions s’enchaînent et la ligne droite est impossible, nous croisons les infos, la décision est prise, de passer une nouvelle fois par Perpignan via Castellón- de-la-Plana. Nous finissons aux portes de Valence à Requena, un excellent terrain que je retrouve avec plaisir, il y a tout ce qu’il faut (tout carburant, restaurant…). Les orages sont sur Valence et demain s’annonce clément, autant rester sur place, mise en sécurité des appareils après les ravitaillements. Taxis et nous trouvons 2 hôtels sur une place sympathique, situés dans l’ancienne partie de la ville, des remparts et de jolies ruelles, nous finissons dans le restaurant le mieux noté de la ville, une salle à l’arrière d’un bar très anodin, mais la carte, un régal pour passer encore belle soirée.
 
JOUR 18 :
Nous retrouvons nos machines, le ciel est limpide, dépôts des FPL en ligne avec le BRIA de Valence et nous rejoignons le côtier jusqu’au delta de l’Ebre où nous devons partir en mer pour contourner la CTR de Barcelone…
En passant le cap Cerbère, nous revoilà en France et la phraséologie idoine, le vent d’Est prévu est bien présent aussi nous décidons de poser à Lezignan. Clôture des plans de vols et refueling.
C’est la séparation du groupe, un petit pincement suit les ‘’au revoir’’ et nous partons dans la même direction le premier quart-d’heure, puis nous prenons nos caps respectifs.
Nous avons pris la bonne décision et le bon créneau météo au vu du cataclysme qui s’est abattu sur Valence le lendemain !!
Encore un beau voyage du ‘’Raid Gaulois’’, pas simple avec la météo, mais grâce à ce groupe magnifique, ce fut un des plus beau !!
 
                                                               FIN